mercredi 31 octobre 2012

60 ans après, l'accident de l'Obiou sur google book

Je viens de découvrir que mon ouvrage sur l'Obiou est enfin référencé sur GOOGLEBOOKS. Il aura fallu 2 ans !!!  Un travail de mémoire qui a suscité beaucoup d'émotions et joie.
Vous pouvez feuilleter quelques pages, c'est sympa.

Pour le commander c'est ici


samedi 27 octobre 2012

21e salon du livre de régionalisme alpin

salon_du_livre_2012


Comme à l'accoutumée, le salon accueillera les libraires, les éditeurs et les auteurs dans une ambiance amicale et chaleureuse.
Le thème, cette année, célèbrera l'anniversaire de l'université de Grenoble au coeur des Alpes avec une exposition concernant l'Université Joseph Fourier.
Par ailleurs, le salon accueillera cette année une exposition-vente consacrée à l'Europe chrétienne illustrée par la collection Zodiaque, créée en 1951, à l'abbaye de la Pierre-Qui-Vire,par Angelico Surchamp, né en 1924, moine bénédictin français. Médiéviste, spécialisé dans l'art roman. L'inauguration de cette exposition aura lieu en présence du créateur le père Surchamp au cours du vendredi 16 novembre...



Je serais présente en tant qu'auteur avec les dossiers documentaires de la grande guerre :

Ils seront librement consultable sur place (merci de me laisser un commentairre pour me spécifier ceux que vous voulez consulter sur place car je ne vais pas tous les descendre) et je serais ravie de répondre à l'ensemble de vos question pour vous aider dans vos recherches  miltaires. La liste est consultable ici


Vus pourrez aussi les acquérir.
Un prix spéciale salon : - 30 % sur présentation de l'article ou pour ceux qui auront réservé leur dossier via les commentaires de cet article. Pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer le prix spéciale salon se prolonge jusqu'au 30/11/2012.
 
Je vous rappelle la conférence au AD 38 sur le 140ème Régiment d'Infanterie  le 23 novembre à 16h30 avec la Société des écrivains dauphinois.


jeudi 25 octobre 2012

Le monument aux morts de Saint-didier-en-Dévoluy


 
Liste relevé par AGHA
1. 11/11/2008 ABRARD Aimé 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
2. 11/11/2008 BEAUME Sylvain 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
3. 11/11/2008 BEAUME Marin 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
4. 11/11/2008 BEAUME Émile 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
5. 11/11/2008 BEAUME Émile 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
6. 11/11/2008 BEAUME Daniel 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
7. 11/11/2008 BEAUME Cyrille 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
8. 11/11/2008 BEAUME Clément 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
9. 11/11/2008 BEAUME Auguste 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
10. 11/11/2008 CHAILLOL Pierre 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
11. 11/11/2008 CHAILLOL Abel 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
12. 11/11/2008 CHAIX Léon 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
13. 11/11/2008 DUMAS Omer 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
14. 11/11/2008 DUMAS Aimé 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
15. 11/11/2008 GIRARD Auguste 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
16. 11/11/2008 GONTARD Valéry 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
17. 11/11/2008 GONTARD Jean 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
18. 11/11/2008 GONTARD Auguste 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
19. 11/11/2008 JOUVE Auguste 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
20. 11/11/2008 JOUVE Laurent 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
21. 11/11/2008 JOUVE Émile 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
22. 11/11/2008 MARCHAND Auguste 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
23. 11/11/2008 MARIN Auguste 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
24. 11/11/2008 MICHEL Augustin 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
25. 11/11/2008 ODDOU Stanislas 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
26. 11/11/2008 ODDOU Auguste 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
27. 11/11/2008 PIOT Adrien 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
28. 11/11/2008 PRAYER André 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
29. 11/11/2008 SARRAZIN Pierre 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
30. 11/11/2008 SARRAZIN Jean 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails
31. 11/11/2008 SERRES Auguste 138 Saint-Disdier Morts pour la France Détails

mercredi 24 octobre 2012

La météorologie autrefois : ma dernière publication


 
Auteur : Fabienne GILBERTAS
Carnet de voyage (12x18cm)
89
87199
clique sur l'image pour aller sur la page de l'éditeur
 
RECUEIL DES ELEMENTS CLIMATIQUES
DE L’AN 400 A 1845
EN REGION RHONE-ALPES et PACA


lundi 22 octobre 2012

Dites oui à la reconduction de l’aide alimentaire européenne.


Annales de l'association de la propagation de la Foi

Annales de l'association de la propagation de la Foi
Recueil périodique des lettres des évêques et des missionnaires des missions des deux mondes, et de tous les documents relatifs aux missions
Octobre 1833
Imprimé à Lyon chez P RUSAND, imprimeur libraire

PRIX de Vente : 130,00 € + port

Pour recevoir ce livre vous pouvez me faire un mail pour contrôler sa disponibilité ou me joindre par téléphone au 06.80.82.35.22



Gueules de poilus du 255ème régiment d'infanterie

Mise à jour :
Citation de Clovis CODOL, sous lieutenant

Salon du livre de la Mure







Le service de santé français pendant la guerre d'indépendance des etats unis

par Maurice Bouvet 111 pages: illustrations fac-similés; 26 cm.
PRIX  DE VENTE : 30.00 + port

Pour recevoir ce livre vous pouvez me faire un mail pour contrôler sa disponibilité.



LE THÉÂTRE DES OPÉRATIONS EN ALSACE ET EN LORRAINE.


Le signe [sabres croisés] indique les points où des combats se sont livrés.--Les noms soulignés sont ceux des villes et villages qu'avaient atteints les troupes françaises en Alsace-Lorraine, au commencement de cette semaine.


Mercredi, 12 août (suite).--Sir Edward Grey, ministre des Affaires étrangères de la Grande-Bretagne, remet à l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie, tant au nom du gouvernement français (l'ambassadeur de François-Joseph ayant quitté Paris) que du gouvernement britannique, la déclaration de guerre à partir de minuit.
Un combat, commencé la veille, mardi 11, sur l'Othain, à la frontière nord du département de la Meuse, se termine brillamment pour nos troupes. Les Allemands ont laissé sur le terrain, le premier jour, de nombreux morts, et, entre nos mains, 1.000 prisonniers, une batterie d'artillerie (6 pièces), trois mitrailleuses. Dans la journée du 12, une batterie française surprend le 21e dragons allemand pied à terre et l'anéantit.
Les premiers prisonniers allemands traversent la région de Paris, dirigés vers l'Ouest.
Belgique.--Importante victoire des Belges sur les Allemands à Haelen, dans la province de Limbourg. (Nous en donnons d'autre part le compte rendu, illustré d'impressionnantes photographies.)
Jeudi, 13 août.--A Chambrey (première station en Lorraine annexée de la ligne de Nancy à Château-Salins), nos troupes surprennent deux compagnies d'infanterie bavaroise et les refoulent avec de sérieuses pertes.
Par contre, un échec: deux bataillons français qui s'étaient emparés du village de La Garde (Alsace) en sont chassés par une contre-attaque et se retirent à Xures.
Une série d'engagements a rendu nos troupes maîtresses de la crête des Vosges, où depuis cinq jours elles se maintiennent malgré les contre-attaques. Aux cols du Bonhomme, de Sainte-Marie-aux-Mines, de Saales, tous las efforts ennemis sont repoussés.
Le général Joffre décerne la croix au lieutenant de dragons Bruyant qui, à la tête de sept cavaliers, a attaqué une patrouille d'une trentaine de uhlans, a tué de sa main leur officier et mis en déroute le peloton en le décimant: c'est le premier officier décoré de la campagne. La première médaille militaire est décernée au brigadier de dragons Escoffier.
Un avion allemand, arborant le pavillon français, jette trois bombes sur Vesoul, deux sur Lure.
Belgique.--Très chaude action à Eghézée, à 16 kilomètres au nord de Namur, où les Allemands sont repoussés vers Huy avec de grosses pertes. Escarmouches à Tongres, Hasselt, etc.
Russie.--Hostilités aux frontières allemande et hongroise. (Nous en donnons le détail page 158.)
Serbie.--Les troupes autrichiennes, impuissantes devant Belgrade, auraient franchi, dans la nuit, la Save à Chavatz et la Drina près de Loznitza.
Les troupes monténégrines ont fait leur jonction avec les troupes serbes et pénétré avec elles en Bosnie. L'Herzégovine entière est aux mains des alliés.
Sur mer.--On fait connaître que, le 9, des sous-marins allemands ont attaqué la flotte anglaise. L'un d'eux, l'U. 15, a été coulé par le croiseur Birmingham.
Vendredi, 14 août.--Les troupes françaises, qui avaient, la veille, pris le plateau voisin de Saales, occupent la ville de Saales et le col du même nom, qui commande la vallée de la Bruche. Succès pour notre artillerie appuyant l'attaque d'infanterie.
L'important massif du Donon, dominant toute la vallée de la Bruche est également occupé par nos soldats qui font plus de 500 prisonniers.
Les troupes d'Afrique ont rejoint le front.
D'importantes forces françaises sont entrées en Belgique pour coopérer avec les armées anglaise et belge.
Les Allemands bombardent pour la seconde fois Pont-à-Mousson, lançant plus de 200 obus de gros calibre. Une fillette est tuée. L'hôpital est fort endommagé.
Samedi, 15 août.--Dans la région de Blamont, Cirey, Avricourt, nos forces se sont portées, repoussant les Allemands, jusqu'à la hauteur de Lorquin, à 8 kilomètres en avant de l'ancienne frontière, en enlevant le convoi d'une division de cavalerie allemande, soit 19 camions automobiles. Le corps d'armée bavarois qui nous était opposé se replie vers Sarrebourg.
Dans la Haute-Alsace, Thann est pris. Le drapeau du 132e régiment d'infanterie allemande est enlevé à Sainte-Blaise, dans la vallée de la Bruche, par un bataillon de chasseurs à pied. Les prisonniers faits à Thann assurent que le général von Deimling, qui commandait le 15e corps et avait son quartier général à Thann même, a été blessé à Sainte-Blaise également.
Deux avions français pilotés par le lieutenant Cesari et le caporal Prudhommeau survolent Metz et jettent des bombes sur le hangar des zeppelins, à Frascati.
Un sérieux engagement a lieu sur les bords de la Meuse, près de Dinant, entre Français et Allemands. Le combat dure douze grandes heures, caractérisé par des heurts de cavalerie et d'infanterie, puis par un duel d'artillerie du haut des collines dominant la ville. Les Allemands qui avaient passé sur la rive gauche de la Meuse sont repoussés avec des pertes notables sur Rochefort.
Russie.--Une proclamation du tsar Nicolas II annonce aux Polonais de Russie, d'Autriche et d'Allemagne qu'il leur donne l'autonomie et l'intégrité territoriale. La Pologne est ressuscitée! Le grand-duc Nicolas, commandant en chef de l'armée impériale, adresse un appel aux Polonais, les conviant à s'unifier «sous le sceptre du tsar russe, libres dans leur religion, dans leur langue et dans leur autonomie».

LE PREMIER PRISONNIER
Sous-officier de hussards
allemand amené à un
état-major d'armée à la
frontière.
Japon.--Le Japon fait remettre au gouvernement allemand, par son ambassadeur à Berlin, un ultimatum dans lequel il exige: 1º que l'Allemagne rappelle ou désarme tous ses bâtiments de guerre présents dans les eaux japonaises et chinoises; 2º qu'elle évacue dans le délai d'un mois le territoire qu'elle occupe à bail à Kiao-Tchéou (Chine) qui sera éventuellement restitué à la Chine. Le Japon demande une réponse sous huitaine.
Dimanche, 16 août.--Le mouvement en avant de nos troupes se développe sur tout le front de Réchicourt jusqu'à Sainte-Marie-aux-Mines. Cette ville est enlevée et occupée.
Les troupes qui ont occupé le Donon dans la journée du 14 continuent de progresser dans la vallée de Schirmeck, en capturant un millier de prisonniers, 12 canons de campagne avec leurs caissons de munitions et 8 mitrailleuses.
Allemagne.--Guillaume II quitte le matin Potsdam pour Mayence, où il rejoint le grand quartier général.
Serbie.--Les Serbes, après un effort de deux jours, chassent de Chabatz (rive droite du Danube) les Autrichiens qui s'en étaient emparés; les fuyards abandonnent 14 canons, des mitrailleuses, des approvisionnements, du matériel.
Sur mer.--On confirme que le Kronprinz-Wilhelm, un des plus beaux paquebots allemands, armé en croiseur auxiliaire, a été capturé par le croiseur anglais Essex.
Lundi, 17 août.--La progression en avant continue. Nos troupes occupent les hauteurs au nord de la frontière. Leur ligne de front passe par Abrechwiller, Lorquin, Azoudange et Marsal, ayant gagné de 6 à 8 kilomètres en Lorraine annexée.
Dans la région du Donon, nous occupons Schirmeck. Notre cavalerie a poussé jusqu'à Lutzelhausen et Muhlbach, sur la route de Molsheim.
Au sud, nous avons occupé Villé, Sainte-Croix-aux-Mines. De l'artillerie lourde allemande a été prise.
En Alsace, nous demeurons fortement appuyés sur la ligne Thann, Cernay et Dannemarie. Les forces allemandes se retirent en grand désordre vers le nord et vers l'est.
Le colonel Serret, ancien attaché militaire à Berlin, apporte au ministère de la Guerre le drapeau du 132e régiment d'infanterie allemand, pris à Sainte-Blaise par le 1erbataillon de chasseurs.
Russie.--Le tsar et la famille impériale arrivent à Moscou, pour les prières solennelles.
Sur mer.--Le ministre de la Guerre fait connaître au Conseil de la Défense nationale que la flotte commandée par l'amiral Boué de Lapeyrère a coulé, devant Antivari, un croiseur autrichien, le Zenta, de 2.300 tonnes qui tenait le blocus de ce port.
Un monoplan allemand, arborant les couleurs françaises, laisse tomber trois bombes sur Lunéville. Dégâts purement matériels et insignifiants.
Mardi, 18 août.--Dépêche du général Joffre précisant la situation à cette date: nous avons conquis la majeure partie des vallées des Vosges sur le versant d'Alsace;--au sud de Sarrebourg, l'ennemi, qui avait organisé une position fortifiée défendue par de l'artillerie lourde, s'est replié, et notre cavalerie le poursuit;--nous avons occupé toute la «région des étangs» jusqu'au sud de Fenestrange;--nos troupes débouchent de la Seille, dont une partie des passages ont été évacués par les Allemands, et notre cavalerie est à Château-Salins. «Notre artillerie a des effets démoralisants et foudroyants pour l'adversaire. D'une façon générale, nous avons obtenu, au cours des journées précédentes, des succès importants...»
Belgique.--On confirme le bruit qui courait depuis quelques jours, de la mort du général von Emmich, qui commandait l'armée allemande devant Liége. Suivant une version, il aurait succombé à des blessures; selon une autre, il se serait suicidé, désespéré de son échec.
Le kronprinz serait blessé.
Russie.--A Moscou, cérémonie religieuse au Kremlin; procession impériale à la cathédrale Ouspensky, et réception à la salle Saint-Georges, où le tsar atteste, solennellement, que c'est contre ses intentions que la «tempête militaire» s'est abattue sur son peuple pacifique.
Mercredi, 19 août.--Un communiqué officiel du ministère de la Guerre déclare qu'il est établi, d'après les documents saisis sur les blessés, les morts et les prisonniers, que toute la responsabilité des atrocités commises en Alsace-Lorraine par les troupes allemandes, doit retomber sur le commandement. Elles ont été méthodiquement ordonnées.
Nous continuons à progresser dans la Haute-Alsace. Nos troupes débouchent sur la Seille, occupant tour à tour Château-Salins et Dieuze, puis, à la fin de la journée, Delme et Morhange. Enfin Mulhouse est repris.
A Florenville (Belgique), on signale une rencontre de cavalerie heureuse pour les nôtres.
Belgique.--La reine des Belges et ses enfants, ainsi que le gouvernement et le corps diplomatique, quittent Bruxelles pour Anvers, considérée comme imprenable. Bruxelles demeure bien défendue.
Des forces allemandes très importantes franchissent la Meuse entre Liége et Namur.

AU MILIEU DES LIGNES FRANÇAISES--DANS SOISSONS BOMBARDÉ--SUR LES RUINES DE SENLIS


17 septembre 1914.


... En auto, sous une pluie battante, après avoir traversé tous les champs de bataille de la Marne, depuis Meaux, tous les villages où ils ont passé, dont il ne reste que des ruines et des cendres encore fumantes, nous arrivons à la Ferté-Milon. En ces jours tragiques, ce n'est pas le souvenir de Jean Racine qui remplit l'esprit quand on atteint l'aimable petite ville... Les Allemands ont passé ici, après le repliement de nos lignes. Pendant neuf jours ils ont occupé le pays: des centaines de mille hommes ont défilé, campé, vécu. Sur les portes, on lit encore des inscriptions allemandes, tracées à la craie, pour indiquer les cantonnements: tant de chevaux, tant d'hommes, tel service. Les braves gens qui sont restés, qui n'ont pas fui devant l'invasion barbare, disent ce qu'ils ont vu. Nous les interrogeons avidement. En général, la ville n'a pas souffert. On a réquisitionné tant et plus, et, sous couleur de ravitaillement, dévalisé, avec des formes parfaites, magasins, poulaillers et caves: le maire a servi d'otage; c'est un brave homme; il a fait son devoir, celui-là... Grâce à lui, le pays a été un peu épargné, les Allemands pillant et ravageant de préférence les maisons et les pays où ils ne trouvent personne pour se défendre ou protester. Encore, si l'on proteste, le mur, tout de suite...
Quand ils sont partis, précipitamment, devant les Anglais et nos soldats, ils ont coupé le pont derrière eux. Dans la ville, ils ont défilé comme à la parade; mais, tout de même, c'était la déroute. Témoin tous ces paquets de munitions, ces grands obus accumulés sur le bord des routes, ces convois de vivres que les nôtres ont pris et brûlés, dans la forêt de Villers-Cotterêts; témoin, au haut de la côte, dominant la ville et ses alentours, cette batterie complète abandonnée: huit canons gris, avec leurs caissons, les culasses brisées, avec l'altière et prétentieuse devise: Ultima regis ratio...
Tandis que nous examinions ces canons qui ne feront plus de mal aux nôtres, nous entendons la canonnade, dans la direction de Soissons. Malgré la pluie, qui abat le son et l'étouffe, le grondement roule, continu, sans cesse. Nous dressons l'oreille,--mais l'homme du pays qui nous accompagne y est habitué; ça ne l'émeut plus. Nos papiers sont en règle, allons voir par là...
A une dizaine de kilomètres de la Ferté, que nous quittons, un premier convoi d'artillerie française, sur la route, nous avertit que nous arrivons sur les derrières de nos lignes. Jusqu'à Soissons, en effet, nous ne cessons de rencontrer de nos soldats, tous les innombrables services qui constituent la suite ordinaire et obligée d'une armée en marche: convois de munitions, de vivres, intendance, train des équipages, services de santé, voitures militaires, caissons peints en gris, avec leurs inscriptions blanches, véhicules de toutes sortes, réglementaires ou de réquisition, chariots, chars à bancs, automobiles, énormes camions recouverts de bâches. Des kilomètres et des kilomètres de convois montant ou descendant, un immense mouvement, une activité prodigieuse qui réconforte et fait plaisir...
Des villages. Des gens sur les portes, malgré la pluie incessante. Des troupes cantonnées. A Longpont, un flot nous entoure, avide de nouvelles. Ces soldats admirables, qui viennent de sauver la France et l'honneur avec elle, et qui se battent depuis quinze jours, veulent savoir, réclament des journaux, des cigarettes, du tabac. Ils voudraient même nous en acheter, mais nous avons donné déjà toutes nos provisions...
Là-bas, le canon tonne. A chaque bond de l'automobile, sur la route détrempée, mais qui tient, malgré les charrois incessants, nous nous rapprochons, et le bruit enfle, s'élargit. La bataille n'est pas éloignée. Depuis une heure, nous croisons des voitures d'ambulances automobiles qui ramènent des blessés du front: des blessés du jour, des blessés tout frais, que l'on aperçoit, au travers des bâches, les bras ou la tête bandés... Des tirailleurs algériens pour la plupart, roulés dans leurs grands manteaux de bure. Au sortir d'un village, un paysan qui a tout vu nous salue. Lui aussi, il a l'habitude et il nous renseigne. La canonnade de jour en jour s'éloigne. Mais, aujourd'hui, elle reste stationnaire, semble-t-il. On se bat au Nord de Soissons. Un soldat nous dit qu'ils sont solidement retranchés, qu'on y va à la baïonnette, et que les Algériens ont pris une batterie... C'est de là que viennent les blessés de tout à l'heure.
A quelques kilomètres de Soissons, nous demandons notre route à deux soldats. Ils nous déconseillent d'aller plus loin: c'est la ligne du feu, et la route n'est pas sûre. Les Allemands l'ont repérée, et, comme ils savent que nos convois passent par là, ils tirent dessus. Hier, une automobile a été criblée. «Peut-on passer tout de même?» demandons-nous. «Oui, mais à vos risques et périls», répondent-ils. Nous verrons bien...
Maintenant, nous sommes tout près. Au bout de quelques instants, l'oreille du profane, si l'on peut dire, de celui qui, hélas! n'est pas soldat et ne se bat pas, se fait à cette terrible musique et s'habitue à distinguer les sinistres voix qui la composent, comme autant de parties dans un orchestre: la succession régulière des coups de notre 75, secs et nets; la réponse plus sourde des canons allemands, et, à des intervalles espacés, dominant et soulignant le tout, le formidable mugissement des gros mortiers de siège, «l'active Bertha» et la «paresseuse Gretchen», comme ils les appellent, avec leur légèreté accoutumée...
*
* *
Depuis quatre jours--nous sommes jeudi et ils ont commencé lundi--les Allemands bombardent Soissons. Nous pensons être arrêtés par quelque poste, priés de retourner d'où nous venons, et au plus vite. Il n'en est rien. Un officier anglais, à qui nous demandons si l'on peut entrer dans la ville, nous dit avec flegme: You can; but it is very unpleasant!
Les effets du bombardement, nous ne tardons pas à les apercevoir, dès les faubourgs. L'admirable église de Saint-Jean-des-Vignes est le premier témoin qui parle de la sauvagerie allemande: une des longues et fines flèches de son double clocher a été emportée; des éclats ont déchiqueté l'autre. Nous avançons dans la ville aux trois quarts déserte. Sur la chaussée pavée, voici une espèce de fosse de deux ou trois mètres de profondeur sur cinq ou six de diamètre; les pavés ont été arrachés, la terre réduite en sable, les alentours constellés d'éclats. Voici une maison, à deux étages, qui a été prise à revers et qui, sous l'obus, s'est écroulée comme un château de cartes, dans la rue... Des toits éventrés, des murs abattus, des arbres fauchés... on ne compte plus. La poste, le grand séminaire, sont des ruines. La cathédrale, quand nous y passons, a relativement peu souffert: elle n'a qu'une chapelle réduite en poudre,--et l'on se félicite presque, avec des larmes dans les yeux, d'en être quitte à si bon compte.
Sur la place de la République, nous stoppons. Devant une maison, un petit groupe de cinq ou six femmes, qui causent. Nous les interrogeons.
--Il y a quatre jours qu'ils nous bombardent, nous dit l'une d'elles. Il faut voir ça, de l'autre côté de la ville! Quelle misère!... A présent, c'est sur la gare et sur l'hôpital qu'ils tirent... Mais, depuis trois heures, ils ont un peu l'air de se calmer...

            Ce qui reste du Palais de Justice de Senlis.
En effet, les coups des mortiers de siège ne se font plus entendre. Il n'y a plus que l'artillerie de campagne qui poursuit son oeuvre; la nôtre y répond, sans arrêt,--et à l'entendre, à côté de soi, on éprouve un sentiment presque agréable, on se sent en sécurité, comme un enfant, la nuit, près d'une grande personne qui lui tient la main et le rassure... Mais notre interlocutrice avait à peine achevé sa phrase que de nouveau le mortier ébranle l'air avec son: bou-bou-boum! suivi aussitôt d'une espèce de long miaulement. La femme qui nous parle nous pousse vivement du coude:
--Tenez! Regardez en l'air!...
L'obus passe, en effet, au-dessus de nous. On le devine plus qu'on ne le voit. Et, tout de suite, à 300 mètres environ, au bout d'une des avenues qui partent de la place où nous sommes, il éclate, avec un fracas formidable. Une lueur d'éclair. Une fumée monte, épaisse et blanche...
--C'est sur l'hôpital...
Les Allemands ont repéré le bâtiment où sont nos blessés. Systématiquement, méthodiquement, scientifiquement, ils cherchent à le détruire. On a arrêté ce matin un espion qui leur faisait rectifier leur tir. L'homme a passé entre deux gendarmes...
L'ennemi occupe, sur les plateaux qui dominent la ville, au Nord et au Nord-Ouest, des positions fortement retranchées. Ils ont transformé en une solide et redoutable forteresse d'anciennes carrières qu'ils ont recouvertes de madriers, de fascines, de sacs de terre bien tassée. Ils ont mis leurs mortiers là dedans et, bien à l'abri, ils nous bombardent. Les nôtres ont essayé d'y parvenir à la baïonnette, mais la position est rude. Il faudra de la grosse artillerie pour la réduire. Tout autour, la bataille fait rage... Mais les soldats, les officiers que nous interrogeons, ont confiance. Il se prépare quelque chose...

       M. E. Odent, maire de Senlis, fusillé par les Allemands,
         et la tombe où ils l'avaient enterré les pieds en l'air.
Nous pensions coucher à Soissons, mais ce n'est guère tenable, et où trouver une porte ouverte? Les habitants qui sont restés se cachent dans les caves, quand le canon tonne trop fort. Lorsqu'il se modère, ils sortent, inspectent le ciel... Ils y sont faits, ils n'ont pas peur, les femmes mêmes rient du danger quand il est passé. Mais les hôtels sont fermés, la nuit vient, il nous faut partir...
Au sortir de Soissons, sur une rampe, nous nous arrêtons. De là on aperçoit la ville entière, qui s'étale. Tandis que, du ciel ébranlé par cette canonnade sans répit, des masses d'eau s'écroulent, comme jetées à seaux, nous assistons au bombardement. Au-dessus des coteaux dont la crête verdoyante se découpe sur un ciel qui s'éclaire un peu de ce côté, et que rougit l'or enflammé du crépuscule, de petites boules de fumée blanche s'élèvent et se dissolvent lentement dans l'air. Ce sont les canons qui crachent leur feu... Plus haut, sur le gris uniforme des nuages, l'oeil commence à distinguer les rapides paraboles des obus, ou l'éclatement de petites masses noires: des boîtes à mitraille qui s'ouvrent dans l'air, comme des bombes de feu d'artifice; un flocon blanc... et puis d'autres obus, d'autres bombes, d'autres shrapnells... On ne pouvait se détacher de ce spectacle,--mais soudain, je pense aux voitures d'ambulances que nous avons croisées sur notre route, tout à l'heure...
De Longpont (15 kilomètres de Soissons), où nous couchons, dans une bonne auberge que de braves gens hospitaliers ouvrent pour nous, près du magnifique château et des ruines fameuses, toute la nuit, nous avons entendu la canonnade, dominée toujours par les basses profondes des mortiers allemands, qui bombardent Soissons, ville ouverte.

La dévastation de Senlis: le quai de la gare.--Phot. de Rozycki.
Au fond, crête boisée derrière laquelle sont dissimulés les obusiers allemands.

LE BOMBARDEMENT DE SOISSONS
Photographie prise du clocher




Commencements d'incendie provoqués par les obus.Éclatement d'un shrapnel.Sur la berge de l'Aisne,
caissons français dissimulés.

PAR LA GROSSE ARTILLERIE ALLEMANDE
de Saint-Jean-des-Vignes.]

UN PONT DE FORTUNE IMPROVISÉ PAR LE GÉNIE.
18.000 hommes de troupes françaises ont franchi l'Oise sur ce pont, construit entre 10 heures du soir et 7 heures du matin, avec des péniches et des traverses, par le capitaine de génie Bougier, ses sapeurs télégraphistes et trente civils de bonne volonté.
Les effets d'un obus allemand tombé dans une
rue de Soissons: une maison éventrée et deux chevaux tués.
*
* *
Pour que le tableau fût complet, partis par Meaux et venus à travers l'immense champ de bataille de la Marne, encore semé de cadavres et jalonné des ruines fumantes de vingt villages dévastés, pillés et incendiés, nous revenons de Soissons à Paris par Villers-Cotterêts et Senlis...
Ah! l'affreux, le navrant spectacle! Pauvre et fine Senlis, les tourterelles ne volent plus autour de son clocher... Le bombardement et l'incendie les ont chassées. Reviendront-elles?... Nous venons de Crépy-en-Valois, par la même route qu'a prise la horde allemande. Un peu avant d'arriver à Senlis, la campagne commence à présenter cet aspect habituel des champs où l'on reconnaît qu'on s'est battu: arbres fauchés, branches jonchant le sol, et de grands trous ronds, dans la terre, creusés par les obus... On n'a pas fait cinquante pas dans Senlis que l'on sait à quoi s'en tenir. La première maison est un hôtel-restaurant, sur une petite place. Elle a été pillée et incendiée. De cette place part la plus grande rue de Senlis, la rue de la République. D'un bout à l'autre, c'est maintenant une longue rue de ruines, quelque chose comme une rue de Pompéi ou d'Herculanum, et bien plus terrible, parce que la ruine en est d'hier, non pas lavée et patinée par le temps, mais encore noirâtre de l'incendie, et toute remplie de décombres et de scories encore chaudes. Quelqu'un, qui avait été à la Martinique, au moment de la destruction de Saint-Pierre de Miquelon, disait auprès de moi que ce spectacle-ci lui rappelait celui-là. Seulement ici, ce n'est pas un cataclysme naturel, l'éruption soudaine d'un volcan qui a fait ces ruines: ce sont des hommes, pour la honte de l'humanité. Ils sont entrés dans Senlis, ils ont commencé par piller ces maisons, par en sortir tout ce qu'ils pouvaient prendre, manger et boire,--et dans ces maisons ils ont jeté des bombes spéciales qui, en explosant, provoquent l'incendie. Cela, dans toute cette rue. Ce n'est pas le bombardement qui a mis le feu: on le comprendrait encore. Une volonté froide et réfléchie a présidé à cette dévastation. Des témoins l'affirment; et dans quelques maisons épargnées par le feu, on a retrouvé de ces bombes incendiaires, qui n'avaient pas rempli leur office... A droite, au commencement de cette rue navrante à parcourir, tout un pâté de maisons a été consumé par le feu. Il n'en subsiste que quelques pans de murs au milieu desquels les toitures, les escaliers, les meubles s'accumulent en un tas noirâtre de pierres effritées et de cendres... Maisons particulières, hôtels, demeures de pauvres et de riches, villas modernes ou élégantes constructions d'autrefois, charmantes petites maisons du dix-huitième siècle, simples et gracieuses, monuments anciens, rien n'a été épargné. Le bel hôtel du Palais de Justice et de la sous-préfecture, exquis modèle de l'architecture du temps de Gabriel et de Louis, n'est plus. Comme pour attester quelle perte c'est, la façade seule est encore debout, et découpe sur le ciel clair sa structure aux proportions si justes, où des ouvertures régulières montrent la place des fenêtres et des portes... Le reste est écroulé, cette façade même ne tient plus que par miracle, et, dirait-on, pour donner encore quelques jours à ceux qui viennent constater le désastre la mesure de cette perte irréparable et de l'infamie allemande... Nous passons. Une ruine succède à une autre. Combien sont-elles? Cent? Deux cents?... Nous n'avons pas fait le sinistre compte. Là où le feu a été mis, tout a été dévoré par les flammes. Il n'y a pas de demi-ruines. Par l'ouverture navrante d'un mur éboulé, on aperçoit un petit jardin: un massif de fleurs y met encore ses taches vives et gaies. Ces pauvres fleurs encore vivantes parmi tant de deuils rendent ce deuil plus triste encore,--mais le contraste est trop cruel...
La cathédrale n'a pas été sérieusement touchée: un obus, en passant, a écorné un balustre, brisé un clocheton, et ses éclats ont fait dans les vieilles pierres grises et verdies par le temps des blessures blanches. Mais ce n'est rien, et l'on frissonne en songeant à Reims, dont la cathédrale...
C'est ainsi que les Allemands se sont vengés, sur une petite ville innocente, parure adorable de notre pays, sourire charmant de notre Ile-de-France, d'un coup de feu tiré, disent-ils, par un habitant sur leur armée envahissante. Cet homme a été fusillé sur-le-champ,--mais ils ont donné ce prétexte, sans fournir la preuve. En même temps ils s'emparaient du maire, M. Odent; ils l'ont mené sous bonne escorte à Chamant, ils ont creusé une tombe devant lui et l'ont fusillé, sans jugement. Après, ils l'ont enterré les pieds en l'air, et c'est ainsi qu'on a retrouvé la dépouille de l'infortuné magistrat, quand des mains pieuses sont venues l'exhumer, pour lui donner une sépulture convenable.
Voilà comment nos ennemis nous font la guerre, au nom de leur civilisation barbare, au nom de la plus grande Germanie. Peuple imbécile, autant que féroce, qui, n'existant que par la guerre et pour la guerre, trouve encore le moyen de la déshonorer, avec lui.
Emile Henriot.

Les Torrents des Hautes-Alpes, le Rhône et le Inondations.


Il y a quelques années, les esprits sérieux se sont vivement préoccupés d'une immense question qui intéresse au plus haut point l'avenir agricole et manufacturier de la France. L'inopportunité, le danger même du défrichement des forêts, sous le rapport climatérique et industriel, a servi longtemps de texte à des discussions animées. Ces débats, s'ils n'ont pas dégagé la vérité des nuages qui l'enveloppent encore, ont au moins appelé l'attention de l'autorité sur cet important sujet, et mis un frein à ce vandalisme besogneux entre les mains duquel le sol n'aurait bientôt plus présenté qu'aridité et désolation.
Le dépérissement des forêts en France date déjà de loin. Parmi les appétits désordonnés qui ont eu tour à tour leur règne dans notre pays, les uns n'ont affecté que les capitaux particuliers et n'ont laissé de traces que dans les familles victimes des jeux de bourse effrénés. D'autres, au contraire, ont écrit leurs ravages en caractères lisibles pour tous, sur le sol même, et ont exercé une influence incontestable sur la richesse nationale, sur les produits de la nature et de l'art, et même sur les phénomènes météorologiques. De ce nombre et au premier rang nous pouvons placer le défrichement des vieilles forêts qui jadis couvraient la Gaule. Ce défrichement, impérieusement commandé d'abord par l'accroissement de la population, par l'extension des lieux habités, avait trouvé une limite dans les besoins mêmes des habitants. De plus, ces vastes propriétés, ces héritages de famille, qui se perpétuaient de race en race, étaient considérés par les anciens seigneurs comme un dépôt sacré qu'ils n'avaient reçu de leurs ancêtres que pour le transmettre intact à leurs descendants; et c'était une pensée toute providentielle qui avait ainsi placé sous la sauvegarde d'un sentiment religieux, quoique égoïste, cette source immense de richesses et de prospérité. Mais ce qui était né de la féodalité disparut avec la féodalité. Après la révolution de 89 tous ces grands fiefs disloqués, déclarés biens nationaux et vendus à vil prix, devinrent la proie de spéculateurs avides, et bientôt la hache abattit brutalement des forêts séculaires, providence de toute une contrée Enfin, après les longues luttes de l'Empire, luttes pendant lesquelles les bras manquèrent à la terre, une réaction s'opéra en faveur de l'agriculture. Alors on eût dit que la terre manquait aux bras. Toute une armée d'agriculteurs se rua sur ce qui nous restait de forêts, et s'attaqua sans discernement à tout ce que la spéculation pouvait encore atteindre, et l'on vit des moissons et des prairies là où naguère croissaient le chêne et le pin, et des montagnes se montrant pour la première fois, depuis la création, avec un front chauve et découronné.
Mais qu'advint-il de toutes ces dévastations barbares? On s'aperçut bientôt que le climat changeait sensiblement, que les orages étaient plus fréquents et plus dangereux. Le régime des cours d'eau qui servent de moteur è la plupart des forges françaises devint de plus en plus variable. On passa sans transition de la sécheresse à des crues subites, et, d'un autre côté, la rareté du combustible végétal empêcha les fabricants d'avoir recours aux moteurs à vapeur. Enfin ces crues causées, soit par la fonte des neiges, soit par les orages, exercèrent de terribles ravages, et des contrées jadis fertiles et florissantes virent naître des torrents dévastateurs, menace constamment suspendue sur leur tête.
Au moment même où nous écrivons, de nouvelles inondations viennent donner une trop éclatante sanction à nos paroles. Le Rhône, qui pourrait n'être qu'un fleuve bienfaisant pour la contrée qu'il traverse, est le plus terrible fléau de la vallée qu'il arrose. La Durance, cette rivière torrentielle, se précipite comme une avalanche, et enlève en un instant ponts, maisons et troupeaux.
Le mal est fait, et, comme on le voit, il est immense. On a cherché à y remédier, mais peut-être trop tard; toutefois, ce n'est pas sans intention que nous nous sommes arrêté sur ce tableau historique du dépérissement des forêts en France et de la fatale influence du déboisement sur la fortune publique. C'est que là où gît le mal gît aussi le remède; c'est qu'il fallait bien faire comprendre la nature, du mal, pour que la pensée saisit ensuite aisément toute la portée du remède qu'on propose d'y appliquer.
Nulle part peut-être, les résultats désastreux de cette sauvage destruction n'ont été plus visibles et plus irréparables en apparence que dans les Hautes-Alpes. Là, ce ne sont pas quelques usines que l'instabilité des cours d'eau force à chômer de temps en temps, c'est un pays entier, jadis riche et populeux, sillonné maintenant par une multitude de torrents, et qui marche rapidement vers une ruine complète. Ce ne sont pas quelques manufacturiers dont les cris de détresse sont toujours entendus et souvent apaisés, c'est une population patiente et résignée dont jamais les plaintes n'ont eu de retentissement, et qui pourtant peut calculer les heures qui lui restent encore à vivre, qui voit le fléau gagner sur elle, et dont le courage se résume à abandonner chaque année quelque cabane, quelque champ, quelque victime au torrent.
Un chiffre fera mieux comprendre toute l'horreur de cette cruelle expectative et l'impuissance absolue où se trouvent les habitants de la conjurer par leurs propres ressources.

Inondations.--Le pont de Corp enlevé par le courant du Drac.
La superficie du département des Hautes-Alpes est de 553,569 hectares, dont 166,800, ou à peine le tiers, en terres productives, 296,800 en rochers et terres incultes, et le reste, ou 89,969 hectares, en pâturages, bois, rivières et torrents. Le département n'a que 131,462 habitants ou un peu plus de vingt habitants par kilomètre carré, tandis que la moyenne pour toute la France est de soixante habitants, et que pour quelques départements dont la superficie est égale ou même inférieure à celle des Hautes-Alpes, tels que l'Ain, l'Ardèche, le Bas-Rhin, le Nord, elle s'élève jusqu'à soixante, soixante-douze, cent neuf et même cent soixante-onze habitants par kilomètre carré.
Faut-il s'étonner, quand on connaît ce chiffre, si le mal s'accroît tous les jours? et doit-on accuser d'incurie des hommes dont l'excuse, malheureusement trop réelle, est dans leur affreuse misère et dans l'insuffisance matérielle la mieux prouvée? Pourtant tous les fonctionnaires qui se sont succédé dans ce département ont entendu ce cri de détresse, ont vu de leurs yeux la dévastation s'avancer à pas rapides, plusieurs même ont fait parvenir l'expression de leurs déchirantes prévisions jusqu'aux oreilles de l'autorité, et rien ne s'est encore fait dans l'intérêt de ces malheureux abandonnés. Une incurie en apparence systématique préside à leurs destinées.
Comment supposer cependant que les gouvernements qui se sont succédé depuis cinquante ans en France, mis en demeure d'appliquer au salut de toute une contrée des mesures conservatrices, aient reculé devant cette tâche et marqué des milliers de Français du sceau de parias? Ne serait-ce pas plutôt que jamais on n'a présenté une théorie du mal assez complète pour qu'on pût préjuger l'effet du remède? Cette supposition nous paraît la plus probable; car si nous consultons les ouvrages écrits en faveur de ce malheureux département ou sur le fléau qui le ravage, depuis celui de Fabre, en 1797, jusqu'à ceux plus récents de MM. Héricart de Thury, Ladoucette et Dugied, nous reconnaissons qu'il manquait une théorie des torrent, qui, un faisant connaître leurs propriétés, édifiât complètement l'esprit sur les moyens que l'on proposait pour atténuer, prévenir et faire disparaître cette effroyable calamité.

Torrents.--Plan de la vallée de la Durance.
Cette lacune a été comblée, il y a près de deux ans, avec beaucoup de talent, par un jeune ingénieur qui, dans le travail que nous avons sous les yeux, s'est placé du premier coup au rang des hommes les plus judicieux et les plus utiles des ponts-et-chaussées(1). Cet ouvrage, fruit de cinq années d'observations, embrasse toutes les faces de la question et permet de suivre, dans ce labyrinthe d'effets souvent en apparence contradictoires, la marche toujours uniforme du torrent, depuis la goutte d'eau ou le flocon de neige que reçoit le sommet de la montagne, jusqu'à la trombe chargée de rochers et d'eau, qui court avec fracas se précipiter dans la plaine.
Note 1: Les torrents des Hautes-Alpes et le Rhône; par A. Surell, ingénieur des ponts-et-chaussées.
Si l'Illustration ouvre aujourd'hui ses colonnes au résumé du ce remarquable ouvrage, c'est que des malheurs récents lui donnent une triste actualité; c'est qu'il est bon de rappeler aux hommes chargés de la fortune publique que si, pour un mal sans remède, on peut se borner à des témoignages de sympathie, quand le remède est indiqué, il y a déni de justice à ne pas l'appliquer.
M. Surell a divisé son ouvrage en cinq parties. Dans les trois premières, il fait connaître les propriétés principales des torrents, les moyens de défense employés contre eux jusqu'à présent, et les difficultés qu'ils opposent à la construction des routes et des ponts; dans la quatrième, il décrit les causes qui font naître et alimentent les torrents; dans la cinquième, il expose le système à suivre pour remédier à ce fléau envahissant qui menace de changer en vastes solitudes un département jadis si peuplé et si florissant.

Plan d'un torrent.
Une observation bien remarquable et tout à fait particulière à ce département, c'est que toutes les rivières qui le sillonnent sont d'une nature torrentielle, depuis les rivières à fond mobile et à délaissées, telle que la Durance et ses affluents, et les rivières torrentielles proprement dites, dont le lit a une pente énorme, jusqu'aux cours d'eau connus sous le nom générique de torrents, et qui forment une classe à part. C'est à ceux-là que nous allons nous arrêter.
«Les torrents, dit M. Surell, coulent dans des vallées très-courtes qui morcellent les montagnes en contre-forts, quelquefois même dans de simples dépressions. Leur pente excède 6 centimètres par mètre sur la plus grande longueur de leur cours; elle varie très-vite, et ne s'abaisse pas au-dessous de 2 centimètres par mètre. Ils ont une propriété tout à fait spécifique. Ils affouillent dans une partie déterminée de leur cours, ilsdéposent dans une autre partie, et divaguent ensuite par suite de ces dépôts....
«De cette définition même des torrents, il ressort que si l'on observe leur cours depuis sa source la plus élevée jusqu'à leur débouché dans les grandes vallées, on y doit distinguer trois régions qui sont d'ailleurs nettement caractérisées par leur forme, leur position, et par les effets constants que les eaux exercent dans chacune d'elles...»
D'abord une région dans laquelle les eaux s'amassent et affouillent le terrain à la naissance du torrent: c'est lebassin de réception: puis une région dans laquelle les eaux déposent les matières provenant de l'affouillement: c'est le lit de déjection; enfin, entre ces deux régions, une troisième où se fait le passage de l'affouillement à l'exhaussement: c'est le canal d'écoulement.
Maintenant que nous avons pour ainsi dire sous les yeux le squelette du torrent, examinons rapidement la topographie de son cours, la nature de ses déjections, les causes de sa violence, et tout concourra à faire ressortir l'insuffisance des défenses employées jusqu'à ce jour et l'efficacité des nouvelles méthodes proposées par M. Surell.
«Le bassin de réception a la forme d'un vaste entonnoir diversement accidenté et aboutissant à un goulot placé dans le fond. L'effet d'une pareille configuration est de porter rapidement sur un même point la masse d'eau qui tombe sur une grande surface de terrain.» Les berges en sont abruptes, minées par le pied, déchirée par un grand nombre de ravins, et s'élèvent fréquemment jusqu'à 100 mètres de hauteur.
Le canal d'écoulement, qui fait suite au goulot, varie de longueur suivant le genre de torrents qu'il renferme. Il est toujours compris entre des berges solides et bien dessinées. C'est la partie inoffensive, mais malheureusement aussi la plus courte, des torrents; c'est là qu'on cherche à établir les ponts.
Le lit de déjection, où vient s'amonceler tout ce que la violence des eaux a arraché aux flancs de la montagne, forme un monticule conique à sa sortie de la gorge.

          Coupe en long d'un torrent.
Les dessins que nous donnons représentent: l'un le plan d'une partie de la vallée de la Durance et quatre des torrents les plus terribles de cette vallée; le Rioubourdoux, le Réalon, le Brumafan et le Rabioux, dont les noms sont aussi significatifs que les torrents sont énergiques; les autres, le plan d'un torrent où l'on distingue: AABD, le bassin de réception, dans lequel ABA figure l'entonnoir du bassin, et BD la gorge ou le goulot; BDDD figure le lit de déjection: quant au canal d'écoulement en D, il n'a pas une longueur appréciable. C'est un torrent moindre. La coupe est celle du torrent AABD.
C'est en examinant attentivement la nature écologique des déjections qu'on peut se rendre compte de l'origine même des torrents, des causes qui les alimentent, et par suite, des moyens de défense à leur opposer. En effet, s'il est prouvé que toutes les matières que dépose un torrent proviennent de son bassin de réception, on pourra avec assurance poser ce principe, que «le champ des défenses doit être transporté dans les bassins de réception.» Or, les déjections varient de forme et de nature, depuis le limon le plus fin et le plus fertilisant jusqu'aux blocs de rochers cubant 20, 40 et même 50 mètres cubes. Mais toutes, boues, graviers, galets et blocs, accusent la nature du terrain que le torrent a traversé.
On pourrait s'étonner de la masse énorme des blocs dont nous venons de parler; mais on s'expliquera la prodigieuse puissance du torrent, quand on connaîtra la manière dont souvent se forment les crues. Laissons parler l'auteur.
«Souvent le torrent tombe comme la foudre; il s'annonce par un mugissement sourd dans l'intérieur de la montagne. En même temps un vent furieux s'échappe de la gorge: ce sont les signes précurseurs. Peu d'instants après parait le torrent, sous la forme d'une avalanche d'eau roulant devant elle un amas de blocs entassés. Cette masse énorme forme comme un barrage mobile, et telle est la violence de l'impulsion, que l'on aperçoit bondir les blocs avant que les eaux deviennent visibles. L'ouragan qui précède le torrent est accompagné d'effets plus surprenants encore. Il fait voler des pierres au milieu d'un tourbillon de poussière, et l'on a vu quelquefois, sur la surface d'un lit à sec, des blocs se mettre en mouvement comme poussés par une force surnaturelle.»
L'affouillement du bassin de réception étant la cause unique de l'action destructive des torrents, voyons quelles sont les causes qui le provoquent. Il y en a trois:
1º La nature d'un sol affouillable: c'est la cause géologique;
2° la forme en entonnoir du bassin, qui concentre instantanément les eaux et fournit l'élément de vitesse: c'est la cause topographique;
3º la fonte des neiges et les pluies d'orage qui apportent la masse des eaux: c'est la cause météorologique.

La seconde de ces causes n'est qu'un corollaire des deux autres, puisque l'entonnoir, comme l'apprend l'observation, ne se forme que peu à peu et sous l'action combinée des eaux et de la nature du terrain, c'est-à-dire du sol et du climat des Hautes-Alpes; et voilà ce qui donne aux torrents de ce département un caractère distinctif dont les traits ne se retrouvent à la fois nulle autre part.
Mais il y a plus: la première de ces causes ne serait plus à craindre si l'on s'attaquait directement au climat, si on le forçait à changer en une influence salutaire et productive, une sauvage et cruelle puissance; car si les eaux, au lieu de se concentrer rapidement en un point, filtraient peu à peu en fertilisant les croupes des montagnes qu'elles traversent, les affouillements disparaîtraient, et avec eux les affreux ravages des torrents.
Nous voici donc arrivés à lutter corps à corps avec le géant; nous avons même découvert le défaut de la cuirasse, il ne reste plus qu'à pousser en avant pour voir bientôt une contrée entière rendue à la vie et à l'industrie, et un pays riche et productif là où l'œil affligé n'aperçoit que montagnes pelées, que steppes arides et déserts.
L'immense défaut des défenses employées jusqu'à ce jour contre les torrents, c'est qu'en général ce n'est pas à la source même du mal qu'on s'est attaqué, mais à l'endroit où le mal était déjà irréparable, c'est-à-dire aux lits de déjection. Les efforts isolés de quelques propriétaires, un système plus ou moins bien compris de barrages et d'endiguements, voilà à quoi se sont bornées les défenses. La lutte a été longue et désespérée, et à l'heure où nous parlons, la lassitude causée par des défaites inévitables a amené avec elle l'engourdissement et l'apathie. Mais nous l'avons vu, c'est plus haut qu'il faut viser; il faut prévenir le mal en en détruisant la cause; en un mot, c'est sur la montagne qu'il faut lutter avec le ciel.
Nous savons déjà que, rationnellement, c'est dans les bassins de réception qu'il faut porter le champ des défenses. Une autre observation va nous donner la clef du genre de défenses à employer.
Partout où il y a des torrents récents il n'y a plus de forêts.
Partout où on a déboisé le sol, des torrents récents se sont formés.
Partout où la végétation a reparu par une cause quelconque, les torrents ont été éteints.
N'hésitons donc pas à conclure avec M. Surell que, pour prévenir la formation des torrents nouveaux et éteindre les anciens, il faut reboiser les parties élevées des montagnes.
Mais comment, dira-t-on, aborder avec la végétation ces croupes dénudées, ces abîmes toujours béants, où l'œuvre de destruction se propage avec tant de persévérance? Comment retenir ces eaux sans cesse suspendues sur la plaine; ces avalanches où la glace, la neige, le roc, roulent confondus avec une impétuosité qui brise tous les obstacles?
Voici les mesures que propose M. Surell; elles sont de quatre espèces:
1° Tracer des zones de défense;
2° Boiser ces zones;
3º Planter les berges vives;
4° Construire des barrages en fascines.
Les zones de défense seraient tracées sur les bords du torrent, qu'elles envelopperaient depuis son embouchure, où elles auraient 30 à 40 mètres de large, jusqu'à l'entonnoir, où elles auraient une largeur de 5 à 600 mètres; elles embrasseraient les plus petites ramifications de ses affluents et les plus infimes filets d'eau, qui, dans les temps d'orage, deviennent eux-mêmes de désastreux torrents. Ces zones seraient plantées et semées, et bientôt le torrent, ne recevant plus l'eau que goutte à goutte, perdrait sa force d'érosion, et par suite ses alluvions, et serait placé dans les mêmes conditions que s'il sortait du sein même d'une forêt profonde. Pour les berges vives, on les couperait de petits canaux d'arrosage, tirés du torrent même, et alors une végétation luxuriante, dont on a déjà sur les lieux mêmes quelques exemples, remplacerait l'aspect affligeant de ces cols décharnés et stériles, dont la vue seule indique qu'un grand agent de destruction a passé par là. Enfin, on empêcherait les affouillements au moyen de barrages en fascines, dont l'effet salutaire a déjà été reconnu, et qui, par leur action de retenue, permettraient aux berges de s'asseoir, à la végétation de prospérer.
Nous n'insistons pas sur l'efficacité de ces moyens, dont l'annonciation seule nous semble devoir amener avec elle la conviction.
Maintenant, se demandera-t-on, qui, des particuliers ou de l'État doit supporter les frais de ces immenses travaux? M. Dugied, qui évaluait à 200,000 hectares la superficie susceptible d'être reboisée, voulait que l'État fît seul les frais de cette opération, qui devait durer soixante ans et coûter 75,000 francs par an. M. Surell partage cette opinion, aux chiffres et à quelques détails d'exécution près. Outre l'intérêt général que l'État doit sauvegarder, il prouve que le gouvernement, dans l'intérêt de ses routes et de ses ponts, doit encore se charger de ces travaux. Dans deux chapitres écrits avec la verve et le talent d'un homme de cœur et de conviction, il démontre que ne pas venir au secours de ce département serait, de la part de l'État, «unemauvaise action, parce qu'en sacrifiant le sol, on sacrifie aussi les hommes qui y sont attachés, et unmauvais calcul, parce que la société ne fait pas impunément des mendiants, et que les misères qu'elle n'a pas su prévenir se retournent tôt ou tard contre elle.»
Et cependant, il y a deux ans que cet ouvrage a été écrit, qu'il a valu à son auteur les suffrages des hommes les plus éclairés, et les encouragements du gouvernement, et rien ne s'est fait encore!
N'est-il pas déplorable qu'en France il se trouve une contrée entière qui, si on lui demande pourquoi elle n'a ni chemins, ni routes, ni canaux, ni pour ainsi dire d'habitants, n'ait qu'un mot et un mot profondément vrai à répondre: la pauvreté? Oui, il y a là une plaie affreuse, mais elle n'est pas incurable, nous l'avons vu dans le remarquable travail de M. Surell; seulement il faut se hâter, et puisqu'on a proclamé si haut le règne des intérêts matériels, il ne faut pas qu'une population entière soit déshéritée des bénéfices qu'elle a le droit d'en attendre.
Si l'on a bien compris ce que nous venons de dire des torrents, des causes de leur formation, de leur impétuosité et des ravages qu'ils exercent, on concevra facilement quelle influence désastreuse ils ont sur les crues et les inondations du Rhône. En effet, tous ces torrents se jettent dans des rivières torrentielles elles-mêmes, qui arrivent instantanément et précipitent dans le Rhône un volume d'eau extraordinaire. De là ces débordements, ces courants impétueux qui ravinent les terres et font au fleuve un nouveau lit que souvent il n'abandonne plus. Si donc l'on détruit les torrents, on enlève une des grandes causes des inondations du Rhône. Il resterait cependant à combattre encore les crues qui ont pour cause soit les pluies d'orage, soit la fonte des neiges, et qui d'ailleurs sont inévitables, même en supposant les torrents éteints.
M. Surell a porté, dans l'étude des améliorations du Rhône, la même sagacité, le même esprit d'analyse que dans ses études sur les torrents des Hautes-Alpes. Il a rédigé l'année dernière, de concert avec M. Bouvier, ingénieur-directeur du Rhône, un mémoire remarquable sur cet objet. Nous allons en donner une idée succincte à nos lecteurs.
Les vices du Rhône consistent dans la corrosion des rives et la division du fleuve en différents bras. Les perfectionnements à apporter se réduisent donc aux deux opérations suivantes: 1º fixer les rives; 2° barrer les bras secondaires.
Mais comment, dira-t-on, fixer les rives sur un développement de 284 kilomètres? Quelle somme énorme ne faudra-t-il pas affecter à ces travaux? L'observation du régime du fleuve a conduit à la découverte d'un principe qui réduit considérablement la dépense à faire. Ce principe est celui de la réciprocité des anses, c'est-à-dire que le cours du fleuve étant sinueux, si le courant vient frapper, par exemple, la rive droite et s'y creuse une anse, il y est réfléchi et va à une distance plus ou moins éloignée frapper la rive gauche et s'y creuser également une anse, pour de là être réfléchi de nouveau sur la rive d'oite, et ainsi de suite. Tout l'intervalle compris entre deux anses successives n'est exposé à aucune corrosion et n'a, par conséquent, pas besoin d'être défendu. Le développement des rives à défendre se réduit ainsi de plus de moitié.
Quant aux barrages des bras secondaires, au lieu de les opposer directement au courant, qui les aurait promptement affouillés et emportés, on suit également la loi de la réciprocité des anses, et on les construit suivant des courbes qui, sans heurter le cours du fleuve, l'infléchissent doucement et le dirigent vers l'anse suivante.
Telles sont les améliorations proposées dans l'intérêt de la navigation: l'agriculture réclame d'autres travaux.
Les maux que le Rhône cause aux terres riveraines consistent dans la corrosion des rives, comme pour la navigation et dans l'inondation des plaines.
Il importe, dans le fait de l'inondation, de séparer deux effets fort distincts, savoir: la submersion, proprement dite, et la formation des courants.
La submersion n'a jamais été considérée comme un fléau par les propriétaires des terrains qui avoisinent le fleuve; c'est au contraire un bienfait, car elle dépose sur le sol une couche de limon, qui augmente, l'épaisseur de la terre végétale, comble les creux et tend à niveler le terrain. C'est l'inondation fécondante; mais les eaux peuvent, en raison de la forte pente de la vallée, et des accidents divers du lit, se mettre en mouvement sur le sol inondé; de là les courants: c'est ce second effet seul qui est nuisible.
La science doit donc s'appliquer à empêcher la formation des courants, tout en protégeant la submersion tranquille. Pour y parvenir, les auteurs du mémoire que nous analysons proposent un système de levées insubmersibles, enracinées au pied des montagnes qui limitent la zone que les eaux doivent couvrir, barrant transversalement la vallée, et se recourbant ensuite pour suivre une direction parallèle au fleuve. Dans ce système, les courants sont rompus, sans que les terrains soient enlevés à la submersion. La vallée se trouverait ainsi divisée en un certain nombre de bassins, fermés en tête, mais ouverts à l'aval. Cette disposition a déjà été appliquée par quelques riverains et avec le succès le plus complet.
Ainsi, en résumé, les ouvrages à exécuter pour améliorer le cours du Rhône sont de trois espèces:
1º Le revêtement des berges dans les anses;
2º Le barrage des bras secondaires;
3º La division de la vallée en bassins, au moyen de digues insubmersibles transversales.

Le devis présenté par les ingénieurs s'élève à 25 millions qu'ils demandent à dépenser en dix ans, c'est-à-dire deux millions cinq cent mille francs par an. On concevrait difficilement les hésitations du gouvernement à mettre la main à une œuvre si urgente, en présence des désastres épouvantables qui viennent périodiquement affliger la vallée du Rhône. Quant à nous, nous faisons les vœux les plus ardents pour qu'on ne retarde pas plus longtemps la présentation aux Chambres d'un projet de loi qui donne garantie et sécurité à l'avenir. Jamais dépense ne fut mieux justifiée, et jamais peut-être on n'aura obtenu de si admirables résultats pour une somme aussi minime.

dimanche 21 octobre 2012

L’administration locale en temps de crise : le cas de l’Isère en 1814-1815


Une partie du territoire français, dont l’Isère, est occupée par les Alliés à deux reprises, en 1814 et à nouveau en 1815. La guerre et l’occupation ont des conséquences importantes sur l’administration locale, tant au niveau du personnel et du travail administratifs qu’à celui des relations entre l’État et les citoyens. Ces circonstances de crise sont l’occasion de juger de l’efficacité du modèle administratif français établi par Napoléon le 28 pluviôse an VIII et confronté au risque d’affaiblissement et de désorganisation face à la pression de la guerre et de l’occupation. L’étude de l’administration du département de l’Isère en cette période troublée permet de montrer que la continuité administrative est due pour beaucoup à l’action des administrateurs locaux (surtout les maires) et à la participation des citoyens, notamment des notables. Le modèle administratif qui résiste à cette crise n’est pas celui d’une administration jacobine très centralisée, mais bien celui d’une administration véritablement locale, et la résistance du modèle à cette crise montre son efficacité.


Histoire d'une régiment La 32ème demi brigade 1775-1890

Histoire d'une régiment La 32ème demi brigade 1775-1890 par le Lieutenant PIERON
Edition de 1890 412 pages
Cartonnage éditeur rouge, premier plat décoré d'une plaque de Souze poussée à chaud. Un tambour au milieu d'autres combattants. Percaline légèrement décolorée. Tranche dorée. Illustrations d'après Raffet, Carle Vernet, Charlet, Deraille, Sergent.etc. Lonato, 1796 - Les Pyramides, 1798 - Friedland, 1807 - Sébastopol, 1855.


PRIX  DE VENTE : 120.00 + port

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L'épopée des mariniers de la Loire par Raoul TOSCAN

L'épopée des mariniers de la Loire par Raoul TOSCAN
avec une dédicace de l'auteur
Mars 1938 chez A. DELAYANCE, Editeur 289 pages

PRIX  DE VENTE : 30.00 + port

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Histoire de la langue provencal a avignon du XIème au XIX siècle par Pierre PANSIER

Histoire de la langue provencal a avignon du XIème au XIX siècle par Pierre PANSIER
tome V Suplément lexicologique

Dictionnaire provençal latin de la 2nde moitié du XVè siècle et supplément au lexique de la langue comtadine du XIIè au XIXè siècle, précédés d'une introduction sur la langue populaire et le parler comtadins
228 p, Avignon, Librairie Aubanel frères / Aubanel père

PRIX  DE VENTE :  45.00 + port

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